LES RENDEZ-VOUS DE WEIMAR AVEC L’HISTOIRE
RENAISSANCES
RENOUVELER L’ANCIEN ?
DU 1E AU 3 NOVEMBRE 2019

conférences – films – tables rondes – ateliers – exposition – concerts


Renaître, laisser derrière soi le présent pour mieux recommencer. Ce crédo d’une « renaissance culturelle » puisant aux sources de la tradition antique fut celui de nombreux artistes et penseurs au tournant du XVIe siècle. Dans toute l’Europe se diffusa cet esprit de renouveau adossé à un retour sur le passé, ce fut le début de la première modernité. Nous en sommes aujourd’hui, en ce début du XXIe siècle, à la postmodernité, les innovations techniques se bousculent à un rythme effréné, nous sommes mondialement interconnectés et pourtant plus seuls que jamais. Le sentiment d’insécurité culturelle, économique, religieuse, mais surtout politique touche toujours plus de gens qui se sentent abandonnés, incompris ou tout simplement dépassés. L’époque de relative stabilité connue à la fin du XXe siècle semble révolue et nous vivons une période de mutation. Mais quelle sorte de mutation ? Le moment d’une « renaissance » est-il arrivé, d’une renaissance qui est aussi un retour aux sources ?
Les Rendez-vous de Weimar avec l'histoire partiront de cette question autour de laquelle ils réuniront, fidèles à une tradition vieille de onze ans déjà, des historiennes et des historiens qui se pencheront sur les différentes formes du renouveau, du changement et même du bouleversement révolutionnaire à travers les âges et dans différents domaines. La Renaissance, comme époque historique, constituera le point de départ de nos questionnements et réflexions qui se poursuivront jusque dans notre époque.
Car une chose est claire : Les ruptures qui nous assaillent au présent nous préoccupent parfois tellement que nous en oublions le regard vers le passé. Mais ce dernier est d’autant plus utile que le passage du Moyen-Âge aux Temps modernes, de même que le XIXe siècle, et plus encore le XXe siècle, connurent en effet des « renaissances », souvent accompagnées de bouleversements, parfois brutaux, qu’ils soient positifs ou négatifs. Mais, dans le même temps, la notion même de renaissance n’inclut pas seulement un mouvement vers l’avant, vers le neuf mais aussi la reprise d’anciennes traditions et figures de pensée. C’est ainsi sur l’héritage de traditions héritées de l’Antiquité que s’inscrit, depuis le XVIe siècle, la recherche du beau et de l’élégance, l’aspiration à plus de liberté intellectuelle, de raison et de tolérance ainsi que la remise en cause critique de l’état du monde. De la même façon, les grandes religions ou la médecine ont repris à leur compte la notion de « renaissance », aspects que nous allons mettre également au centre de nos débats. Depuis la fin du XIXe siècle, les artistes cherchèrent à créer quelque chose de radicalement nouveau en écho aux chamboulements sociétaux et aux innovations techniques sans précédents. Mais là aussi, on constate le retour à des traditions plus anciennes de sorte que l’on peut parler de renaissance, l'une d’entre elles étant le Bauhaus dont on célèbre le 100e anniversaire cette année.
Nos erreurs passées ne peuvent pas directement nous aider à agir au présent mais nous pouvons observer quels effets ces changement ont eu afin d’apaiser quelque peu l’effervescence agitée et bruyante du présent. Pour ce faire, il n’est point besoin de remonter jusqu’à l’Antiquité. En 2019, nous ne célébrons pas seulement l’anniversaire du Bauhaus. La Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne, la révolution pacifique en RDA et la chute du mur comme la fin de la Guerre froide sont des tournants de l’histoire, des renouvellements. Il est toujours possible de faire bouger les choses et de les façonner !

 

Vendredi 1er novembre 2019

Cérémonie d’ouverture
Lecture + table-ronde
L’histoire comme avant-garde
18h – à la Notenbank de Weimar
avec Martin Sabrow (Potsdam), Gesine Schwan (Berlin), Catherine Colliot-Thélène (Rennes)
Modérateur : Fritz von Klinggräf (Genève/ Weimar)
Lecture, par Christian Steyer, d’extraits de la conférence inaugurale tenue par Friedrich Schiller à l’Université d’Iéna en 1789.

Il nous faut à nouveau appréhender l’histoire à l’échelle du monde. Oui, une telle posture, radicalement anti-populiste, est aujourd’hui absolument nécessaire : c’est l’antidote intellectuel contre la multiplication des discours politiques d’autant plus efficaces qu’ils sont de plus en plus simplistes et contre la disparition progressive de toute complexité au profit de l’image. « Les barrières qui isolaient les États et les nations dans un égoïsme hostile sont abattues. Toutes les têtes pensantes sont désormais unies d’un point de vue cosmopolite », jubile Friedrich Schiller en 1789, l’année de la Révolution, lors de sa leçon inaugurale à Iéna. Et aujourd’hui, 130 ans après, tout a-t-il disparu ? Non, cela ne fait que commencer.
Le festival de cette année s’ouvre sur un table-ronde internationale qui, gardant en mémoire les mots et la ferveur cosmopolitique de Friedrich Schiller lors de sa leçon inaugurale à l’Université d’Iéna en 1789, se penche sur la montée en puissance des discours antidémocratiques et populistes en Europe.

 

Soirée musicale
Carte blanche au Festival Georges Brassens de Basdorf
« Des jours pleins d’espoir »
20h – à la Notenbank de Weimar
avec Walid Habash (Alep/Afrin/Berlin), Ittai Rosenbaum (Jérusalem/Berlin), Isabel Neuenfeldt (Berlin), Corinne Douarre (Paris/Berlin)

Entre 1943 et 1944, Georges Brassens fut envoyé de force à Basdorf, près de Berlin, au titre du STO (Service de Travail Obligatoire). Depuis 2004, un festival est organisé dans cette ville autour de Brassens. De nombreux artistes venus de différents horizons se retrouvent pour reprendre et continuer à faire vivre le répertoire de Brassens. À Weimar, quatre artistes chanteront Brassens en solo, en duo ou tous ensemble, rassemblés par les morceaux du chansonnier. À quoi ressemble Brassens lorsque Walid Habash chante une chanson d’amour arabe sur la mélodie de Saturne ? À quoi ressemblent des chansons que Brassens jouait avec une guitare et une contrebasse, lorsqu’elles sont jouées au son décontracté de l’accordéon d’Isabel Neuenfeld, de la mystérieuse autoharpe de Corine Douarre ou du subtil piano à queue d’Ittai Rosenbaum ?
Les artistes présenteront également des chansons que Brassens a écrites à 22 ans lorsqu’il était au STO. Chose surprenante, elles sont souvent joyeuses, et le titre de notre soirée provient aussi d’un de ses refrains, où il chante : « Le temps qui s'enfuit/ Emporte avec lui/ Les jours sombres et malheureux/ Mais les jours d'espoir/ Viennent souvent me voir/ Nombreux ».
http://brassens-in-basdorf.info/

 

Samedi 2 novembre 2019

 

Table-ronde
Lointain moyen-âge ou un miroir du temps présent ?
11h – à la librairie Eckermann
avec Simona Slanicka (Berne), Nina Gallion (Kiel), Julia Seeberger (Erfurt)
Modératrice: Sabine Schmolinsky (Erfurt)

L’auteur américaine Barbara Tuchman (1912-1989) a publié en 1978 son livre A Distant Mirror. The Calamitous 14th Century qui devint un best-seller. Il est paru en Allemagne dans les années 80 sous le titre Der ferne Spiegel. Das dramatische 14. Jahrhundert (Un lointain miroir. Le XIVe, siècle des calamités) et a été plusieurs fois réédité depuis, intégralement ou dans des versions parfois légèrement abrégées. L’histoire de ce succès de librairie nous incite à nous demander dans quelle mesure des époques antérieures, ici le Moyen-Âge, peuvent être un miroir du présent, de la situation politique, sociale et culturelle contemporaine.

 

Conférence
Renaissances, révolutions et « construire l’avenir »
Une rétrospective sur une avant-garde

12h – Au Musée de la ville de Weimar (Stadtmuseum Weimar)
Gerhard Schweppenhäuser (Würzburg)

Pour Nietzsche, « Le progrès [était] une idée moderne, donc une idée fausse ». La modernité artistique s’appuya à de nombreuses reprises sur Nietzsche, mais elle « attaqua ceux qui se réfugièrent dans la tradition par peur des conséquences de la modernisation de la société » (Deltev Claussen). La modernité a aujourd’hui pris de l’âge, et nous savons que le progrès n’est pas un concept faux mais un concept ambivalent. Il peut justifier l’« inertie de la vitesse » (Paul Virilio), mais il peut aussi motiver à travailler pour un monde meilleur. La conférence portera sur la dialectique de la modernité esthétique – sur ses relations à l’idéologie du progrès des XIXe et XXe siècles et ses répercussions sur le XXIe siècle. Le futurisme, la conception du Bauhaus et les nouvelles formes de vie et de communication à l’heure d’un capitalisme dominé par les grandes plateformes numériques seront autant d’étapes sur lesquelles s’arrêtera la réflexion.

 

Table-ronde
Nostalgie du « communisme » ?
13h – à la librairie Eckermann (Eckermann-Buchhandlung)
avec Thomas Ahbe (Leipzig), Anke Giesen (Berlin), Nicolas Moll (Sarajevo)
Modérateur : Rainer Gries (Weimar / Vienne)

« IL est de retour », titrait il y a peu l’hebdomadaire allemand Der Freitag : Karl Marx, son Capital et le manifeste du communisme se sont hissés, ces dernières années, au rang de best-sellers outre-Rhin. Dans l’Ouest des Balkans, une véritable nostalgie de Tito et de la Yougoslavie fleurit depuis des années : objets et de slogans propres à la version yougoslave du socialisme étatique « renaissent » partout. En Russie, il n’y a pas que Lénine et Staline qui réapparaissent : la nostalgie du soviétisme a de nombreuses facettes. Et ce sont apparemment des individus de toutes générations qui érigent les grands dirigeants du socialisme et du communisme en héros.
Marx et Lénine, Tito et Staline : nous les voyons s’agiter, tels des revenants, en Europe et en particulier sur les scènes d’Europe de l’Est et du Sud-Est. Mais que signifie leur retour en force ? Quels besoins actuels se cachent derrière les façades d’hier ?

 

Table-ronde
La reconstruction des villes allemandes après 1945
14h – Musée de la ville de Weimar (Stadtmuseum Weimar)
avec Rüdiger Schmidt (Münster), M. Gerd Zimmermann (Weimar)
Modérateur: M. Armin Owzar (Paris)

Des millions d’individus dans un paysage de ruines : expulsés de leur « Heimat » ou en fuite, sans abri ou vivant dans des logements provisoires, traumatisés et sous-alimentés. Si, à la fin de la guerre, les villes dévastées d’Europe centrale se ressemblaient beaucoup et connaissaient les mêmes problèmes structurels en découlant, les solutions conçues et proposées par les architectes, les planificateurs urbains et les hommes politiques furent des plus variées. Certains voulurent conserver les structures résidentielles historiques autant que possible ; d’autres virent grand et projetèrent un réaménagement ; quelques-uns voulaient abandonner la ville détruite et en ériger une nouvelle. La confrontation entre deux systèmes concurrentiels qui s’amorçait entre l’Est et l’Ouest eut, dès le départ, son importance dans tous ces projets. Ce qui est compréhensible dans la mesure où les images de la ville ont toujours un sens politique et expriment les représentations qu’une société urbaine se fait de son histoire, de son présent et de son avenir. Les intervenants, des connaisseurs avérés de la ville moderne, donneront un aperçu des différents projets soumis à discussion et de ceux mis en œuvre, et traiteront les problèmes qui en résultent et qui conditionnent, aujourd’hui encore, notre vie quotidienne.

 

Table-ronde
La démocratie parlementaire a-t-elle besoin de se renouveler?
15h – à la librairie Eckermann
avec Michael Dreyer (Iéna), Ossip Fürnberg (Iéna), Tim Niendorf (Iéna)
Modérateur: Andreas Braune (Iéna)

Les parlements sont, dans les démocraties représentatives, les lieux les plus importants, c’est là où émerge la volonté politique et où se prennent les décisions démocratiques. Ils représentent la volonté des électeurs et c’est sur la base des compromis politiques entre les différents partis articulant des intérêts divergents des électeurs que sont fondés les gouvernements. La majorité dirige, mais la minorité dispose de moyens de contrôle qu’elle met en œuvre contre la politique du gouvernement. Les parlements des démocraties occidentales perdent cependant en estime depuis des années. Les populistes se présentent comme les « véritables » représentants de la volonté du peuple ; la polarisation des débats et l’émergence de majorités de plus en plus floues complexifient toujours plus la gouvernance parlementaire. Néanmoins, la gouvernance démocratique repose sur le bon fonctionnement des parlements. À quoi pourrait ressembler une cure de remise en forme pour la démocratie parlementaire ?
Quelques jours seulement après la sortie (prévue) du Royaume-Uni hors de l’Union Européenne et des élections au parlement régional (Landtag) dans le Bundesland de Thuringe, nous voulons élargir notre perspective et débattre avec des experts des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d’Allemagne sur l’avenir du parlementarisme à l’heure de sa remise en question.

 

Table-ronde
Continuer à vivre après la Shoah ?
16h – Musée de la ville de Weimar (Stadtmuseum Weimar)
avec Stephan Stach (Varsovie), Alexander Walther (Iéna), Aurelia Kalisky (Berlin)
Modératrice: Zofia Wóycicka (Warschau)
En partenariat avec la fondation des Mémoriaux de Buchenwald et de Dora-Mittelbau

Le débat aura pour sujet les conditions dans lesquelles furent menées les premières recherches sur la Shoah, et les acteurs de ces premiers travaux, en Pologne, en Allemagne et en France. L’approche comparative permettra d’interroger les possibles liens, décalages et transferts entre ces trois pays : quels motifs animèrent les chercheurs et chercheuses, eux-mêmes pour la plupart des survivants ? Étaient-ils en contact avec des chercheurs et chercheuses d’autres pays et les découvertes faites par les uns furent-elles utiles aux autres? Dans le contexte de notre thématique générale des Renaissances, on posera également la question des effets, à long terme, de ces premiers travaux sur la recherche consacrée à la Shoah dans ces différents pays et même, possiblement, dans la perspective d’une recherche transnationale sur la Shoah.

 

Entretien
De l’(éternel) retour de la violence
17h – à la librairie Eckermann
Entretien entre Jan Philipp Reemtsma (Hambourg) et Fritz von Kliinggräff (Genève / Weimar)

La violence, c’est du passé ? Si la plupart des Européens vivent en paix depuis le milieu du XXe siècle, cet équilibre semble de plus en plus fragile depuis 1989. Des guerres des Balkans dans les années 1990 au renouveau de la course à l’armement de nos jours, tant de choses semblent indiquer un retour de la violence dans notre monde. Mais avait-elle vraiment disparu ? Ou avait-elle été seulement légitimée d’une autre manière ? Enfin, sous quelles nouvelles formes revient-elle vers nous ?

 

Table-ronde
Carte blanche G/Geschichte Magazin
Quand l’histoire bat des records d’audience :
Pourquoi le public aime tant les thèmes et films historiques

19h – à la librairie Eckermann Weimar
avec Chris Wahl (Potsdam), Ilka Brombach (Potsdam)
Modérateur : Christian Pantle (Augsburg)

De nombreux films, séries télévisées et livres se déroulant dans le passé connaissent un grand succès auprès du public comme de la critique. Cela vaut pour toutes les époques, de la plus contemporaine telle la fin de la RDA dans Good Bye, Lénine ! jusqu’aux mondes médiévaux fictifs de Game of Thrones. Pourquoi aimons-nous tant regarder en arrière ? Fuyons-nous le monde actuel ? Est-ce notre reflet que nous cherchons dans le passé ? Et est-il même possible de le représenter véritablement ? Non seulement toutes ces questions seront abordées dans la discussion, mais des extraits du film récompensé cette année au festival du film historique de Potsdam « moving history » seront également projetés.

 

Table-ronde
Renaissance européenne
(Comment) l’Europe tient-elle encore bon ?

20h – à la Notenbank de Weimar
avec Étienne François (Berlin), Marek Cichocki (Varsovie), Teresa Pinheiro (Chemnitz)
Modérateur : Thomas Serrier (Lille)
En partenariat avec la Société du Livre scientifique (Wissenschaftliche Buchgesellschaft)

L’Europe est, depuis des siècles, un espace culturel incroyablement riche et souvent admiré dans le monde, mais pourtant il se sent en crise. Quand bien même ses habitants vivent dans un espace où Europe centrale, Europe de l’Ouest, de l’Est, du Nord et du Sud forment un espace commun qu’ils ressentent toujours plus comme tel, l’Europe semble être menacée par un retour des particularismes et des anciennes frontières. Cela est étroitement lié à l’influence considérable des mémoire. Les différentes communautés fondées sur une langue, une mémoire et une culture communes sont considérées aujourd’hui comme un facteur clivant que comme un facteur d’unification. L’Europe tombera-t-elle en morceaux avant même d’avoir véritablement terminé sa phase de développement ? Pourra-t-on jamais concevoir son histoire comme un récit commun où les pays laissent leurs différences en retrait ?
À Weimar, l’œuvre monumentale L’Europe. Le présent de notre histoire est présentée pour la première fois en langue allemande. Plus de cent intellectuels venus de France, d’Allemagne, d’Italie et d’Angleterre, mais aussi des États-Unis, d’Inde ou du Japon ont écrit une incomparable histoire de l’Europe. Le lecteur est emmené dans un voyage captivant à travers l’ethnologie et l’archéologie, la religion et la politique, l’art et l’art culinaire. Jamais encore l’Europe n’avait été soumise à un examen aussi complet que dans cette œuvre d’envergure.

 

Dimanche 3 novembre 2019

 

Table-ronde
L’envol vers la Terre Promise ?
Le mouvement des femmes dans la République de Weimar

10h – à la librairie Eckermann
avec Lilja-Ruben Vowe (Francfort s/Oder), Kerstin Wolff (Cassel), Sabine Hering (Siegen)

Dans la République de Weimar, les femmes virent s’ouvrir de nouvelles portes dans les sciences comme dans la mode et les métiers artistiques, mais elles connurent aussi des défaites. Weimar leur accorda le droit de vote dès 1919 mais elles restèrent sous-représentées au parlement et les avancées législatives furent minimes. En outre, différentes évolutions les maintinrent hors de la sphère économique : la loi contre les doubles revenus au sein d’un foyer (Doppelverdienertum), la soumission des métiers sociaux considérés comme typiquement féminins au « joug » de l’administration et le déclin d’importants secteurs d’activités pour les femmes à cause de l’inflation, etc.
Le débat appréhende le thème « Renaissance » dans le sens d’une confrontation avec les défis politiques et culturels hérités du passé. Ce n’est pas avec Weimar que le mouvement des femmes en Allemagne a commencé, bien au contraire : il y reçut une base légale nouvelle et a eu accès à des domaines d’activité, y compris politiques, qui lui étaient auparavant inaccessibles. Mais les revendications des femmes en matière de liberté et d’épanouissement personnel qui existaient depuis des centaines d’années ne furent que partiellement appliquées, et elles furent même simultanément réduites. Les femmes étaient alors des membres de la société et de la vie publique légalement reconnues, mais, ce faisant, elles étaient aussi soumises aux normes et aux réglementations qui caractérisaient comme avant les structures patriarcales.

 

Conférence
Quel est le lien entre l’opéra et la Renaissance ?
11h – Musée de la ville de Weimar (Stadtmuseum Weimar)
Michael Klaper (Weimar / Iéna) et Heidrun Eberl (Weimar)

On parle depuis longtemps de Renaissance en musique, le plus souvent en référence aux XVe et XVIe siècles. Mais si l’on part du sens historique propre du terme – une « renaissance » de l’Antiquité – l’application du terme de Renaissance à la musique d’alors s’avère compliquée : selon les auteurs de cette époque, le recours à la culture musicale antique n’a, dans un premier temps, aucune importance. En revanche, le rattachement à l’Antiquité fut crucial pour les débuts de l’opéra vers 1600 : il s’agissait en effet de ressusciter ce que l’on croyait savoir sur les chants théâtraux antiques. Et ainsi, on a en effet réinventé, de façon nouvelle, un héritage déjà ancien. L’exposé se penchera sur les conséquences à long terme d’un tel procédé en proposant à l’écoute des extraits d’œuvres allant jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

 

Table-ronde
Thuringe 2.0 :
Comment l’État libre fut fondé pour la deuxième fois en 1990

12h – à la librairie Eckermann
avec Frank-Michael Pietzsch (Bad Berka), Matthias Gehler (Erfurt), M. Heiko Gentzel (Erfurt)
Modérateur: Eberhardt Pfeiffer (Arnstadt)

Liberté et démocratie, telles étaient les revendications fondamentales de la révolution pacifique il y a trente ans. En lien avec ces objectifs principaux surgit rapidement une autre revendication : réorganisation les structures de l’État. Mais à quoi devaient-elles ressembler ? La RDA devait-elle simplement se fondre, en tant que nouveau Bundesland particulièrement grand, dans l’État nouvellement créé ? Et les anciennes circonscriptions devaient-elles perdurer en tant qu’entités administratives de Thuringe ? Quelle ville devait devenir la capitale de Thuringe ? Le droit du Land de Hesse devait-il être repris tel quel pour le nouveau Land de Thuringe qu’il y avait à fonder ? Lors d’une table ronde, nous souhaitons débattre des décisions qui durent être prises très rapidement ainsi que des possibles alternatives qui auraient et ont pu être envisagées lors de la refondation de l’État libre de Thuringe, et par là, nous évoquerons les répercussions de ces choix jusqu’à aujourd’hui.

 

Table-ronde
Réincarnations et renaissances dans les religions et les arts
13h – Musée de la ville de Weimar (Stadtmuseum Weimar)
avec Francesca Fabbri (Weimar), Cornelia Haas (Würzburg), Isabella Schwaderer (Erfurt)

Le motif de la réincarnation fait sans doute partie des plus grands succès d’exportation de l’Inde, depuis la Grèce antique jusqu’à aujourd’hui. Nous aborderons ce thème à partir de trois cas particulièrement surprenants : nous découvrirons premièrement un rituel de purification venu de l’Inde ancienne et qui réveille de nos jours des forces curatives dans les montagnes sacrées de Souabe. Puis, deuxièmement, nous irons sur les traces un œuf utilisé dans les arts, depuis la Renaissance et aujourd’hui encore, comme un symbole de la réincarnation et de la résurrection. Troisièmement, nous retracerons l’histoire de l’incroyable succès d’une troupe de danse indienne ayant parcouru toute l’Allemagne en 1936.

 

Table-ronde
Que veut véritablement dire « Heimat » aujourd’hui ?
14h – à la librairie Eckermann
avec Beate Mitzscherlich (Zwickau), Werner Nell (Kingston, Canada), Prince Michael de Saxe-Weimar-Eisenach (Mannheim)
Modérateur: Edoardo Costadura (Iéna)
En partenariat avec la Commission historique de Thuringe (Historische Kommission Thüringen)

Jakob et Wilhelm Grimm définissent « Heimat » dans leur dictionnaire allemand comme « le pays ou simplement le territoire dans lequel un individu est né ou bien où il a résidé pendant une longue durée. » Est donc balisé un espace qui peut aller de la maison natale au village ou à la ville natale, voire tout au plus à la région d’origine. C’est seulement depuis le XIXe siècle que la « patrie » est identifiée à la « nation », ce qui a eu – et a toujours aujourd’hui – des conséquences en partie désastreuses. Aujourd’hui, dans le contexte du processus d’unification européenne et de la mondialisation, se pose la question de savoir si le terme de « patrie » peut et doit encore s’étendre, que ce soit en Europe ou dans le monde entier. D’autre part, et notamment compte tenu des mouvements migratoires de la dernière décennie, il est nécessaire de se demander si la patrie ne doit pas être redéfinie : elle ne serait alors plus un concept spatial – un territoire ou région – mais social, quelque chose qui fasse « agir» les individus ensemble.

 

Table-ronde
La Renaissance africaine
15h – Musée de la ville de Weimar (Stadtmuseum Weimar)
avec Ulf Engel (Leipzig), Henning Melber (Uppsala)
Modérateur : Matthias Middell (Leipzig)

Thabo Mbeki (*1942), l’ancien vice-président d’Afrique du Sud, raviva le 9 avril 1998 à l’occasion d’un discours sur l’Afrique d’aujourd’hui la réflexion sur une « Renaissance africaine » avec ces propos : « La certitude que notre passé nous dit que le temps de la Renaissance africaine est venu est essentielle au concept de cette même Renaissance… Si nous ne pouvons trouver aucune réponse à la question ‘’Qui étions-nous ?’’, nous ne pourrons pas non plus répondre à celle-ci : ‘’Que voulons-nous être ?’’ ».
Cette question, à savoir comment la riche et fière histoire du continent africain peut être reliée aux défis que présente l’avenir, fut immédiatement inscrite par Mbeki dans l’agenda de la politique de développement : « Nous essayons de faire passer le message que le sous-développement de l’Afrique touche tous les habitants de la planète, que le triomphe de la Renaissance africaine ne dépend pas seulement de l’amélioration des conditions de vie de la population africaine mais aussi de l’élargissement de la prise de conscience de la dignité humaine. » L’exposé retracera les étapes du développement de l’Afrique dans ce contexte et en dressera un bilan.

 

Table-ronde
Renaissance de la religiosité
16h – à la librairie Eckermann
avec Sebastian Kranich (Neudietendorf), Christiane Kuller (Erfurt), Sylvie Toscer-Angot (Paris)
Modérateur: Jörg Rüpke (Erfurt)

À la fin du XXe siècle, la religion fut diagnostiquée comme étant définitivement en voie de « sécularisation ». Cela valait surtout pour l’« Occident », mais le diagnostic n’excluait pas l’Église orthodoxe et l’Islam. Or, malgré le recul continu, surtout en Europe, du nombre de croyants et des pratiques religieuses, mais aussi de l’influence déclinante des institutions religieuses, il est de plus en plus souvent question d’une Renaissance de la religiosité et des religions. Dans le même temps, des déclarations, des doctrines morales et appartenances religieuses deviennent en plusieurs endroits des idéologies politiques et des vecteurs de totalitarisme étatique, servant de fondement à la constitution de nouveaux groupes. Quelle est la part de nouveauté dans ces nouvelles chapelles, et quelle est celle de « re-naissance » ?

 

Table-ronde
Y a-t-il eu une Renaissance en Chine ? Un débat
17h – Musée de la ville de Weimar (Stadtmuseum Weimar)
avec Thomas Maissen (Paris), Barbara Mittler (Heidelberg)
Modératrice: Susanne Rau (Erfurt)

Le face-à-face entre une sinologue et un historien s’articule, à partir du cas de la « Renaissance », autour de la question du transfert d’une culture à une autre des termes particuliers à une époque. Qu’est-ce qui distingue la Renaissance italienne et occidentale de la « redécouverte du passé » dans les autres régions du monde ? Comment considérer le fait que la population chinoise décrive également son nouveau départ culturel et politique au début du XXe siècle (le mouvement du 4 mai) comme une « Renaissance » ? Les différentes réponses données à ces questions sont d’importance dans le cadre d’une réflexion sur les façons d’écrire une histoire mondiale, de telle sorte qu’elle ne reste pas prisonnière du point de vue occidental.

 

Entretien
Carte blanche au journal régional de Thuringe (Thüringische Landeszeitung)
Des trésors à déterrer – L‘Église en RDA

18h – à la librairie Eckermann
Entretien entre Ilse Junkermann (Leipzig) et Gerlinde Sommer (Weimar)

Les nouvelles approches et pratiques mises en œuvre par l’Église de RDA en tant qu’Église minoritaire ont été éclipsées par la chute du Mur, voire ont presque complètement disparu des mémoires. Leur manque se fait particulièrement ressentir dans la pratique théologique actuelle. Comment, aujourd’hui, peuvent-elles être redécouvertes pour relancer la discussion au sujet des Églises minoritaires ?

 

Film et entretien
Renaissances – Revivals – Reprises
Le retour de la musique de la RDA et des trente-trois tours

19h – Cinéma Lichthaus de Weimar
Entretien entre Jörg Stempel (Berlin) et Jens Riederer (Weimar)

La maison de disques AMIGA (amie en espagnol) créée en 1947 était celle, parmi les six qui existaient en RDA, en charge de la « musique dansante et de divertissement. » Obtenir un contrat de disque auprès du label responsable de la « muse légère » pouvait présenter son lot de complications. Mais comment tout cela fonctionnait-il à l’époque ? Comment pouvait-on sortir un album ou un 33 tours en RDA ? Qui avait le droit, qui n’avait pas le droit ? Et pourquoi entend-on à nouveau du rock de la RDA de nos jours, désormais sous le nom de « Rock de l’Est » ? Et pourquoi écoute-t-on le tout sur des trente-trois tours ? Jörg Stempel, le dernier patron de l’AMIGA, répondra franchement à ces questions musicales ainsi qu’à d’autres.
Le film Solo Sunny (DEFA 1980, 102 min ) de Konrad Wolf sera projeté avant le débat, à 17h.

 

Soirée de clôture
L’heure de la Renaissance européenne
20h – à la Notenbank de Weimar
Discussion, musique et buffet
avec Tomasz Torbus (Gdańsk), Sabine Frommel (Paris), Arne Karsten (Wuppertal)
Modérateur : Fritz von Klinggräf (Genève/Weimar)
Consort de flute à bec de l’Institut pour la Musique ancienne de l’Université de Musique Franz List de Weimar

Renaissances ? Non, la Renaissance. Afin de clôturer ce festival, nous retournons à notre point de départ. L’origine de tous les mouvements de renouveau de l’époque moderne se trouve dans la Renaissance et dans son crédo d’un réveil culturel et philosophique selon l’esprit de l’Antiquité. Elle présage autant la naissance de l’Europe comme l’incarnation de la nouveauté, ouverte et multiforme, que l’aube de l’anthropocène, de la confiance en soi sans borne de l’homme. Nous voulons réfléchir par le biais de multiples formes esthétiques à cet état d’esprit qui caractérise la transition entre le XVe et le XVIe siècle en Italie, en France ou en Pologne.

 

À partir du vendredi 1er novembre 2019
Atelier avec des élèves français, allemands, polonais et bosniaques
Tout ça, fauché ?!
Une razzia à travers l’histoire de la mode

Avec des élèves de Cracovie, Blois, Sarajevo et Weimar, sous la direction de Christine Scheller et Kai Sauer (Weimar), Anna Wellebrouck et Sylvie Henry-Chacun (Blois), Dorota Loos et Agata Reichert (Cracovie), Amra Gagrica et Emina Bičević (Sarajevo)
Projet porté par l'Association Europe ensemble et soutenu par la région Centre-Val de Loire, l’OFAJ, la CASDEN et la Ville de Blois
L’atelier a lieu du 1er au 8 novembre à Weimar.

La mode est en perpétuelle évolution, et pourtant elle utilise toujours des matières et éléments provenant d’époques différentes et plus ou moins éloignées dans le temps. Et elle est l’expression d’une certaine façon d’aborder la vie.
Les adolescents qui participent à cet atelier se sont renseignés en amont sur la mode d’une époque précise dans leur pays respectif. Quelles caractéristiques essentielles peut-on trouver dans les différentes époques et y a-t-il à cet effet des différences entre ces pays ? Les jeunes travailleront à Weimar dans la collection de costumes et d’accessoires du théâtre, se familiariseront au musée de la ville avec les détails de l’histoire de la mode et exploreront les magasins de mode pour voir s’il est toujours possible d’estimer l’époque d’un vêtement simplement en le regardant ou si l’époque influe toujours la mode. Dans des groupes mixtes de quatre élèves, ils devront ensuite créer des exemples de la mode actuelle en s’appuyant sur des exemples historiques. Leurs créations seront exposées sous la forme d’un défilé de mode, d’esquisses et de poupées en papier.

 

À partir du dimanche 2 novembre 2019
Séminaire étudiant franco-allemand
« La jeunesse, c’est l’avenir ! » - Jeunesse et pouvoir en Europe
Avec des étudiants de Paris et Erfurt sous la direction de Susanne Rau, Alice Volkwein et Elisa Goudin
Projet soutenu par l’université franco-allemande et en coopération avec l’université d’Erfurt
L’atelier a lieu du 2 au 5 novembre à Weimar et Erfurt.

La jeunesse se mobilise de nos jours pour la protection du climat, et ses revendications – participer à la résolution des problèmes actuels – se font de plus en plus entendre. Dans le cadre d’un séminaire interdisciplinaire, transnational et pour tous les âges, il s’agira d’étudier la jeunesse comme facteur politique et social, mais surtout sa force créatrice – qu’elle soit rêvée ou bien réelle – dans le changement social. En partant d’une comparaison des rôles des jeunes lors de la reconstruction et de la « renaissance » des sociétés d’après-guerre en France et en Allemagne, l’objectif du séminaire sera de réfléchir sur la jeunesse en tant que catégorie sociologique, mais aussi sur les relations et les conflits , entre les générations, qui peuvent être les moteurs du changement social. Le questionnement sur le pouvoir et l’impuissance de la jeunesse au vu des défis actuels occupera également une place centrale.

 

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Plus d’informations sur le site : www.weimarer-rendezvous.de
Entrée gratuite pour toutes les manifestations